DRC-Passeport : Crise totale de la délivrance des passeports ordinaires dans l’Est de la RDC et au Burundi – Des millions de Congolais littéralement piégés
DRC-Passeport : Crise totale de la délivrance des passeports ordinaires dans l’Est de la RDC et au Burundi - Des millions de Congolais littéralement piégés






À l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) et au Burundi, en dehors de la crise sécuritaire qui secoue cette partie de la Région des Grands Lacs, s’ajoute la crise liée à la délivrance des passeports ordinaires. Des citoyens habitants le Sud-Kivu, le Tanganyika et ceux de la diaspora congolaise au Burundi, “piégés”, éprouvent d’énormes difficultés pour obtenir ce document, et lancent un cris d’alarme et de détresse, à l’attention du gouvernement Congolais.
Ces compatriotes se sont exprimés à travers un Plaidoyer, publié le 25 juin depuis Uvira, et reçu sur le desk régional d’InterCongo Media, le 30 juin, jour commémorative de l’indépendance de la Rdc.
“Nous, citoyens congolais originaires ou résidant dans les provinces du Sud-Kivu, du Tanganyika, ainsi que ceux vivant au Burundi, nous nous tournons vers vous pour lancer un cri d’alarme et de détresse : la délivrance des passeports ordinaires, droit fondamental et outil essentiel de la citoyenneté, est devenue une mission impossible pour des millions de nos compatriotes. Ce qui devait être un service administratif ordinaire, s’est transformé en une véritable épreuve coûteuse, discriminatoire et aujourd’hui pratiquement infranchissable”, décrivent ces populations dans leur plaidoyer que rapporte le Dr John Ekongo, Expert en Santé Publique.
Contexte et rupture brutale
Jusqu’à l’occupation d’une partie du Nord-Kivu et du Sud-Kivu par le M23, des centres de capture de données biométriques fonctionnaient à Bukavu et à l’Ambassade de la RDC à Bujumbura au Burundi. Les données biométriques étaient centralisées à Kinshasa et les passeports délivrés dans des délais raisonnables.
Ces centres permettaient à une population déjà éprouvée par l’insécurité, la pauvreté et l’éloignement géographique d’exercer ses droits les plus élémentaires. Le changement de passeport ordinaire (nouveau passeport) et le nouveau partenariat international d’impression, ont rendu obsolètes les équipements de capture existants.
Les compatriotes victimes font constater “qu’au lieu d’une transition progressive, les autorités ont imposé un redémarrage complet du processus, sans mettre en place “les infrastructures” nécessaires dans les zones affectées de l’est du pays, notamment à Uvira. Le résultat est qu’il n’y a plus aucun centre de capture biométrique opérationnel au Sud-Kivu (Uvira) ni à l’Ambassade de la RDC à Bujumbura, font-ils savoir.
Un processus numérique totalement inadapté à la réalité de l’Est
Pour la population de l’est, la digitalisation de procédure par le gouvernement, s’avère être totalement inadaptée à leur réalité.
“L’Obtention d’un Numéro d’Identification Fiscale (NIF) auprès de la Direction Générale des Impôts (DGI) via une plateforme en ligne ; l’Utilisation de ce NIF pour la demande de passeport sur la plateforme du Ministère des Affaires Étrangères ; le Paiement de 75 dollars américains par “carte bancaire”, sont des dispositions qui ne cadrent pas avec l’est du pays, font-ils fait observer.
Or, dans la pratique, ajoutent-ils, “les demandes de NIF introduites en ligne ne reçoivent aucun accusé de réception ni retour automatique par email ( il paraît que cette procédure est déjà bloquée par la DGI) ; le taux de bancarisation dans l’Est est extrêmement faible. La très grande majorité de la population ne possédant ni compte bancaire ni carte bancaire ; les banques étant fermées depuis l’occupation de Goma et de Bukavu par le M23, tout recours local aux services financiers par voie bancaire est devenu depuis, impossible ; Sans NIF et sans moyen de paiement électronique (carte bancaire), le blocage est total et absolu. Des centaines de milliers de dossiers restent bloqués dans le néant numérique”.
Un calvaire géographique, financier et sanitaire, aggravé par l’épidémie d’Ebola
Privés de centres locaux de capture des données biométriques et de moyens de paiement numérique, les requérants des passeports n’ont d’autre choix que de se rendre soit à Beni (Nord-Kivu), avec des frontières fermées (notamment entre le Rwanda et le Burundi), obligeant un long détour par la Tanzanie sur des routes dégradées, avec tous les risques sécuritaires et autres tracasseries ; soit à Kinshasa, via des vols d’avion très onéreux et des frais de séjour prohibitifs.
Avec l’épidémie d’Ebola, la situation est dramatique, car les frontières sont fermées ou fortement restreintes. Ce qui restreint voire empêche la mobilité des populations concernées. Les déplacements deviennent extrêmement risqués, voire impossibles pour la grande majorité de la population.
Pour un passeport ordinaire qui devrait coûter “75 $, des familles qui en ont les moyens dépensent parfois plus de “3.000$ (transport, séjour, hébergement, nourriture, frais divers). Seuls environ “3 %” de la population concernée peuvent se le permettre. Les autres restent bloqués.
Conséquences dramatiques
Aujourd’hui dans cette partie de l’est Congolais, la crise à la fois administrative, humanitaire, sanitaire, économique et politique, entraînent d’énormes conséquences dans la vie des citoyens. Nombreux sont ceux “des malades qui ne peuvent pas être évacués pour des soins urgents à l’étranger ; des étudiants boursiers ou admis à l’étranger perdent leurs opportunités ; des hommes et femmes d’affaires voient leurs activités paralysées, aggravant la pauvreté dans des régions déjà sinistrées par les conflits ; des familles sont séparées, avec des enfants bloqués sans documents d’identité et les populations concernées estiment que Kinshasa les a abandonné et oublié”, dans un contexte d’insécurité persistante, d’occupation de villes majeures du Kivu, d’épidémie active d’Ebola et de fragilité de l’unité nationale.
Propositions concrètes et urgentes
Au gouvernement de la République, ces populations demandent urgemment et solennellement :
“la réouverture immédiate ou l’installation de centres de capture biométrique à Uvira, à Kalemie et à l’Ambassade de la RDC à Bujumbura avec les nouveaux matériels et équipements compatibles. La résolution du blocage NIF : mise en place d’une procédure dérogatoire pour les provinces de l’Est (Sud-Kivu : Uvira Tanganyika : Kalemie) et à Bujumbura au Burundi (guichet physique, numéro vert, équipe dédiée de traitement manuel avec accusé de réception sous 48h). Des modalités de paiement alternatives : possibilité de payer en espèces via des guichets agréés, des partenaires locaux (banques encore opérationnelles ailleurs à Uvira et à Kalemie ; opérateurs de téléphonie mobile tels que Airtel Money et MPesa), ou paiement à l’arrivée dans les centres de capture. La mise en place d’une cellule de crise interministérielle (Affaires Étrangères-DGI-Intérieur-Santé-Finances) avec un point focal joignable et un reporting hebdomadaire. Une communication transparente : publication d’un communiqué officiel reconnaissant le problème et détaillant le plan de redressement avec calendrier précis. Une prise en charge exceptionnelle des cas humanitaires et sanitaires (malades, étudiants, personnes vulnérables). L’accélération du déploiement des nouveaux équipements de capture des données biométriques dans toutes les provinces et représentations diplomatiques, avec formation du personnel”.
Face à cette situation relayée par le Dr John Ekongo, les citoyens de l’est Congolais qui ont exprimé, presque la veille du 30 juin, aux autorités Congolaises en générale et au Chef de l’État en particulier, leur expression de “notre profond respect et de notre attachement indéfectible à la patrie”, demandent aux mêmes autorités “d’agir vite, avec humanité, réalisme et sens de l’État”.
“La délivrance des passeports est un droit constitutionnel et un outil de souveraineté. Restaurer cet accès pour les populations de l’Est du pays et celles vivant au Burundi, c’est restaurer la confiance dans la nation congolaise une et indivisible”, concluent-ils dans ces lignes du Plaidoyer, tout en restant disposé pour tout échange constructif.https://intercongomedia.net/rdc-etat-de-siege-judith-suminwa-a-lecoute-des-populations-de-goma-et-de-bunia/

