RDC : Universités et Instituts supérieurs : des travaux de fin d’études introuvables dans les bibliothèques !

RDC : Universités et Instituts supérieurs : des travaux de fin d’études introuvables dans les bibliothèques !

Il se pose, en République démocratique du Congo (RDC), un sérieux problème d’archivage des ouvrages et productions académiques dans les Universités et Instituts d’enseignement supérieur. Là où il en existe, les bibliothèques universitaires manquent d’outils et de capacités de gestion et de conservation des ouvrages que ces Institutions sont censées avoir. Du coup, les travaux de fin d’études (mémoires), par exemple, sont souvent introuvables des rayons de ces bibliothèques, au grand dam de leurs auteurs. Certains échouent sur les étals des marchés, leurs pages servant d’emballage aux vendeurs…

 

De nombreux anciens étudiants de l’Université des Sciences de l’Information et de la Communication (UNISIC, ex-ISTI/IFASIC), notamment, se plaignent de ce problème. Ils ne retrouvent pas leurs mémoires dans la bibliothèque de leur Alma mater.

 

Godefroid Bwiti Lumisa, fondateur-propriétaire de l’agence, InterCongo Media (ICM), est l’un des témoins oculaires de cette négligence dans nos bibliothèques universitaires. Il a eu l’incroyable chance de retrouver un vieil exemplaire de son travail de fin de cycle de Licence. Pas à la bibliothèque de son ancienne école de journalisme (ISTI), où il avait fait un dépôt de deux exemplaires, mais, entre les bonnes mains d’un professeur d’Université qui a travaillé à la bibliothèque de la présidence de la République sous Mobutu (là où la recherche a été menée pour la production du mémoire), et qui a eu la bonne idée de garder ce document chez lui.

Bio-Express

Godefroid Bwiti Lumisa, est diplômé en Journalisme niveau L2 (Licence/Bac+5, spécialisation en Radio-Télévision, Politique intérieure et Economie), de l’Institut des Sciences et Techniques de l’Information (ISTI). En 1987, il décroche son diplôme, avant de faire ses premiers pas dans la profession de journaliste l’année d’après (1988), à l’Agence Zaïre Presse (actuel ACP). En 1989, il fait partie d’un groupe de sept diplômés de la 10eme promotion de l’ISTI, qui créent “La Reference Plus”, un quotidien d’informations générales qui va vite s’imposer sur le marché de la presse écrite congolaise. Il en assume dès le début, la fonction de Directeur de la rédaction.

 

Repéré à l’international pour la qualité de ses écrits, il est recruté en 1994 comme correspondant de Syfia International, un réseau d’agences de presse francophone du Nord (IciLàbas France, InfoSud Suisse, InfoSud Belgique, Monde Noir Canada) et du Sud (six autres agences en Afrique) dont le siège était basé à Montpellier, en France. Peu de temps après, il va effectuer un stage de perfectionnement de six mois (novembre 1995 – mai1996) en écriture journalistique, au siège de IciLàbas, à Montpellier en France.

 

Après son stage en France, il dirige à partir de 2001, le bureau de représentation de Syfia International ouvert à Kinshasa, avant de créer en 2002, l’agence InterCongo media (ICM) qui va adhérer au réseau Syfia.

Le journaliste travaille pendant environ dix-huit ans (1994-2012) avec Syfia International, d’abord comme simple correspondant, puis à partir de 2002 comme Représentant Pays, et dès 2004 comme coordonnateur de projet Syfia Grands Lacs en République démocratique du Congo. Ce projet qui regroupait une centaine de journalistes du Rwanda, du Burundi et de la Rdc, a formé de nombreux professionnels des médias de la région des Grands Lacs dans la production et la diffusion des contenus médiatiques de qualité, sur des thématiques spécifiques liées à la bonne gouvernance, à la paix, la résolution pacifique des conflits, la vie au quotidien des gens…

 

A la fin du projet Syfia Grands Lacs en 2013, il travaille avec de nombreux partenaires internationaux intervenant dans le domaine des médias (France Expertise International (FEI), Panos Paris, Internews…) comme Expert dans la formation des journalistes et la réalisation des études sur les médias, et comme Expert en communication sur différents projets et programmes (Banque Mondiale, Unicef…).

 

C’est après toutes ces années qu’il a l’idée de revisiter son travail de fin d’études, dans le but de le rééditer. Déçu de ne l’avoir pas retrouvé à la bibliothèque de l’ISTI, il publie fin octobre 2025, dans le groupe WhatsApp des anciens de cette école de journalisme (AMIS), un récit sur ses vieux souvenirs d’enfance, sa passion pour la radio et le journalisme, son arrivée à l’ISTI, et son parcours de combattant pour produire son mémoire de Licence…

 

Divine surprise, grâce à ce récit que nous reproduisons ici, un Ancien de la première promotion ISTI, le professeur José Kalenda Kabokoboko, va réagir.

Le prof José Kalenda, un archiviste attesté

« Mon cher Godefroid Bwiti, eh ben, je dispose dans ma bibliothèque personnelle chez moi, d’un exemplaire de ton mémoire. Ne sois pas surpris : je suis un archiviste de naissance… C’est au cours de mes lectures à la bibliothèque du Bureau du Président où j’ai travaillé pendant 15 ans, précisément au service de presse et langues, que j’avais reçu, sur mon insistance, du responsable de la bibliothèque, un exemplaire de ton travail ».

Ouf, près de 40 ans après, Godefroid Bwiti Lumisa retrouve son mémoire et sa réaction est instantanée !

« Extraordinaire ! Je suis franchement très ému, heureux de retrouver les traces d’un exemplaire de mon mémoire de Licence, grâce à la bibliothèque personnelle du Prof. José Kalenda. Il s’agit donc de l’exemplaire que j’avais pris soin de déposer à la bibliothèque de la présidence de la République sous Mobutu. Prof, merci infiniment d’avoir gardé ce précieux document, en bon archiviste de naissance ».

Ce feuilleton sur un « mémoire perdu » pourrait relancer le débat sur la gestion des bibliothèques, particulièrement dans les universités en Rd. Comme Godefroid Bwiti, ils sont sans doute des centaines d’anciens de l’ISTI à avoir perdu les traces de leurs mémoires, et qui aimeraient aussi les retrouver. Ils ont, peut-être, intérêt à prendre une initiative commune en direction de leur Alma mater pour, par exemple, faire un plaidoyer pour la numérisation de la bibliothèque.

Pour l’heure, InterCongo média publie le récit qui a permis à son fondateur de savourer la joie de retrouver son travail de fin d’études, qu’il a eu de la peine à produire.

 

https://intercongomedia.net/a-propos/

 

.https://intercongomedia.net/hommages-a-paul-malembe-tamandiak-le-patriarche-de-listi-ifasic-unisic-cette-ecole-des-journalistes-au-congo-kinshasa/

Icm

SOUVENIRS ISTI : Memoire sorti du sous-sol de la Présidence Mobutu

(Par GBL)

Ce récit est une histoire de « Mémoires » (travail de fin d’études) perdus des rayons de la bibliothèque de l’ISTIFASICUNISIC. Mais aussi, une histoire de vieux souvenirs des années ISTI.

 

Nous sommes, je pense, dans les années 1986-1987. Comme tous les camarades de la Promo 10, je dois rédiger mon travail de fin de cycle L2, en Journalisme Politique intérieure et Economie, qui compte à peine sept étudiants. Spécialisation : Radio-Télé. Si fin graduat, j’ai planché sur le « Phénomène Kadhafi à Kinshasa » (vente de carburant dans les circuits parallèles de la capitale du Zaïre), fin Licence, je choisis de travailler sur les relations belgo-zaïroises : « L’image extérieure du Zaïre à travers la presse étrangère : Cas du quotidien belge Le Soir ». Sujet fascinant, dans un contexte de relations souvent tumultueuses entre l’ancienne puissance coloniale (la Blegique, comme le prononçait si joliment P.E. Lumumba, mon Héros) et l’ex-Congo-belge.

 

Un sujet de presse écrite, contrairement à ma spécialisation. Pourtant, tout jeune, usant encore ma culotte sur les bancs des collèges des Pères jésuites de St Kizito à Djuma puis de Kiniati, dans mon Bandundu natal, c’est la radio qui me fascinait. Entendre, écouter des voix sortir de cette petite boite magique, la radio, me fascinait et me rendait perplexe à la fois. N’est-ce pas sorcier d’entendre des gens parler à la radio, de la musique jouer, de suivre un match de foot Vita-Canon de Yaoundé retransmis en direct (je suis vert et noir comme Lenzochou) et qui se joue loin là-bas, au pays de l’éternel président du Cameroun, Stade Amadou Ahidjo ?

Une passion…

Tout enfant, je me demandais si les gens qui parlaient “dedans”, n’étaient pas du genre Lilliputiens enfermés dans la petite boite magique. La radio, quelle passion depuis ma tendre jeunesse ! Et qui sait, depuis le ventre de ma mère, par le sang qui coulait des veines de mon regretté Papa que nous, enfants, appelions « Pharaon » pour la force de son caractère et de son autorité, orphelin recueilli et élevé par des missionnaires blancs, qui ne manquait pas de radio à la maison…

 

Au célèbre Collège Kiniati qui attirait des élèves même de Kinshasa, dans la contrée du village d’origine de Werrason, collège « vidé » de ses meilleurs profs dans les années 1977-1978 par Mobutu qui les envoya à Gbadolite, je faisais de temps en temps le commentateur sportif, lors des compétitions de foot entre les équipes de grandes écoles de la région. Aux abords de quatre terrains de foot du Collège, j’imitais les grands reporters sportifs de l’époque : Tsimpumpu wa Tshimpumpu, Kabala Muana Mbuyi, Basunga Nzinga, Ekwalanga Monga Likita… Et notre Collège se distinguait surtout par la qualité de ses maillots de foot que nous ramenait à chaque retour de ses vacances en Espagne, Raymond Uzos, le préfet des études…

 

Oui, quelle passion pour la radio ! Et déjà, mes collègues du secondaire me disaient, « Ah toi, tu seras journaliste ! » Quand je débarque à Kinshasa avec mon diplôme d’Etat et son maigre pourcentage (moins de 60%), je n’ai qu’une ambition, aller à l’ISTI. Mais, l’école du Patriarche Malembe Tamandiak (paix à son âme), à l’époque très sélective, avait mis la barre très haut. Parmi les critères de recrutement, il fallait avoir un diplôme d’Etat avec au moins 60%.

Je suis effondré. Mais pas désespéré. Ma détermination à aller à l’ISTI est forte et tenace. Aussi tenace qu’une sangsue assoiffée du sang humain, qui vous colle à la peau sans lâcher prise. Entre mon frère ainé qui m’héberge et moi, c’est la grande brouille. Il veut m’envoyer à l’IPN (actuel UPN). Je dis non, têtu comme une mule, non et non. L’ISTI ou rien !

 

Pour tenter d’améliorer mon score afin d’embrasser l’école de mes rêves, je décidai alors de reprendre ma sixième, à Eligo, un centre privé d’encadrement des candidats aux examens d’Etat, logé à l’Athénée de la Gombe. Mbadi, hélas ! Quand le sort, le mauvais sort s’acharne contre vous… Je décroche mon diplôme. Mais encore une fois, avec moins de 60%. Que Diable !

 

Mais il eut un matin, et il eut un soir. Un matin, une décision tombe : le critère coupe-gorge tombe. Plus obligatoire d’avoir un diplôme avec 60%…, avant de passer le concours de recrutement… Du coup, finie la petite crise avec mon frère. Me voilà sur l’avenue Colonel Ebeya. Le concours se passe plutôt bien. Je suis sur la liste des recrues de la dixième promotion, dont la taille (70) énerve le corps professoral, habitué à encadrer une quarantaine d’étudiants en 1er Graduat. La Promo en payera le prix pendant des années. Mais cela fera notre force pour surmonter et vaincre l’adversité. Jusqu’au bout de nos peines. De nos études.         

Le Soir, dans un sous-sol…

En fin de cycle L2, Journalisme, Politique intérieure et Economie (spécialisation Radio-Télé), mon sujet de mémoire porte donc curieusement sur la presse écrite, et non sur la radio, ma passion de toujours. « L’image extérieure du Zaïre à travers la presse étrangère. Cas du quotidien belge Le Soir ». C’est une histoire de mémoire sorti du sous-sol de la Présidence de l’époque Mobutu. Une histoire de mémoire, de travail de fin d’études perdu, comme le mémoire de JJ John Samba, disparu des rayons de la bibliothèque de l’ISTI.

 

J’ai dû faire le ras des bibliothèques pour rédiger ce mémoire ! Et quelles bibliothèques ? Traiter un sujet comme le mien nécessitait de réunir un bon échantillon du journal belge, Le Soir, pour faire une analyse quantitative et qualitative afin d’en dégager l’image du Zaïre de Mobutu.

 

Direction : ambassade de “Blegique” à Kinshasa. J’étais convaincu que c’est là, que je trouverai les archives du journal. Surprise : le Service de presse de chez les “Nokos” n’avait pas l’habitude d’archiver les journaux sans doute faute d’espace dans leurs bureaux trop étroits de l’immeuble Place les Braconniers, à deux pas des anciennes Galeries présidentielles. Le responsable du service m’oriente vers trois bibliothèques de la ville : celle de la Banque centrale du Zaïre, celle des missionnaires de Kimwenza, ou à la Présidence de la république, au Mont-Ngaliema.

 

La Banque centrale, pour moi, c’est d’abord et avant tout un immense coffre-fort d’argent de la République. Mais pas une bibliothèque ! Pourtant, il y a (ou eut) bien là, une grande bibliothèque que j’ai visitée. Sans trouver de trace du Journal Le Soir que la bibliothèque recevait pourtant…

 

Direction Kimwenza, dans la périphérie sud de la ville, au-delà de l’Université de Kinshasa. Première fois de prendre cette route qui même chez les religieux, un lieu calme. La route est bonne, à l’époque. Mais au bout du chemin, faute d’espace là aussi, nos bons missionnaires qui ont le goût de la lecture, ne conservaient pas non plus toute la presse étrangère, dont celle belge, qu’ils recevaient…

 

Dernière chance : le Mont-Ngaliema. L’antre du pouvoir du tout puissant Maréchal Mobutu Sese Seko Kuku Ngbedo Waza Banga, président de la République du Zaïre. J’ai un peu la peur au ventre, à l’idée de mener mes recherches académiques dans ces lieux, au regard de l’image féroce du pouvoir de Mobutu, souvent présenté comme une dictature sans pitié…

 

Mais, l’on n’aspire pas à devenir journaliste la peur au ventre. Je prends mon courage entre mes mains, mes jambes, ma tête, mes tripes… Un beau matin, me voici à la présidence de la République, sommet de l’Etat-Zaïre, Parti-Etat le MPR (Mouvement Populaire de Révolution), le Parti unique. Pour y accéder, il fallait enfiler, tous les jours, l’abacost (abréviation de “A bas le costume”), la tenue officielle de l’époque qui symbolisait la politique de recours à l’authenticité prônée par le Guide “éclairé et clairvoyant”, Mobutu Sese Seko…

Mont-Ngaliema : service de documentation de la Présidence

Le responsable du service est plutôt un gentil monsieur qui fait tout de suite dissiper tout sentiment de peur en moi. Il me conduit dans le sous-sol du bâtiment qui abrite une partie de ses services, notamment la bibliothèque. C’est là, au sous-sol de la Présidence de la république, que je vais enfin trouver, des reliures du journal Le Soir bien rangées, bien archivées. Et pas seulement. “Le président lit chaque matin la presse étrangère, surtout belge”, me dit, comme pour me mettre à l’aise, le responsable du service. Ouf !

 

Pendant deux semaines, désormais sans peur au ventre, je vais travailler en toute quiétude, entre le sous-sol et un petit espace de bureau tout gentiment aménagé pour le jeune étudiant en journalisme. Les conclusions de cette étude sur l’image extérieure du Zaïre à travers le journal belge Le Soir, ne seront pas surprenantes. De bout en bout de l’analyse de contenu du journal, les mêmes stéréotypes négatifs, caractéristiques du régime et du pays tels que décrits par le journal belge vont revenir : dictature, corruption, mauvaise gestion, crise belgo-zaïroise… Des stéréotypes qui vendent une image négative du pays de Mobutu à l’extérieur.

 

Devant le jury, le travail obtient une note de 26/30.

Et le mémoire de dur labeur disparaîtra au fil du temps

Mais, quelques années plus tard, quand je suis retourné à l’ISTI pour voir si mon mémoire était bien conservé à la bibliothèque parce que je comptais le rééditer, grosse déception. De la bibliothèque du sous-sol de la Présidence de Mobutu (que j’aimerais revisiter s’il existe encore), à la bibliothèque de notre propre Alma mater, il a simplement disparu. Quelle perte, quelle peine !https://intercongomedia.net/unisic-cecom-un-post-du-professeur-georges-jeremie-wawa-sur-whatapp-fait-le-tour-du-monde/

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